Tribunes

"Il faut casser la gueule aux Chinois !" : Déclaration INACCEPTABLE du ministre Serge Papin

Jan 27, 2026
AJCF

Une lettre a été envoyée au Premier Ministre suite à ces déclarations, la voici :

Monsieur Sébastien LECORNU
Premier Ministre
Hôtel de Matignon
57 rue de Varenne
75007 Paris

Monsieur le Premier Ministre,

En tant que membre du Comité d’Entente Origines du Défenseur des Droits et conformément à sa mission de lutte contre le racisme visant les personnes d'origine asiatique, l'Association des Jeunes Chinois de France (AJCF) se voit contrainte de porter à votre connaissance une situation d'une gravité exceptionnelle impliquant un membre de votre gouvernement.

A l’occasion de la cérémonie des vœux de la CPME, qui s'est déroulée le 21 janvier 2026, M. Serge Papin, Ministre des Petites et Moyennes Entreprises, du Commerce, de l’Artisanat, du Tourisme et du Pouvoir d’Achat, a tenu des déclarations inacceptables devant un parterre d’entrepreneurs de PME :
« Il faut casser la gueule aux Chinois ! »

Cette formulation brutale, crue et effroyable a été largement diffusée dans les médias depuis cette date. L’expression utilisée évoque explicitement une incitation à la violence physique à l’encontre d’une population désignée sur la base de son origine.

Selon la presse, son cabinet a par ailleurs été contacté et a confirmé que M. Papin maintient et assume cette position, sans intention de la retirer ni d'exprimer quelconque regrets et refuse d’en mesurer la portée. L'entourage tente même désespérément de minimiser la gravité de la situation par une explication alambiquée prétendant que la phrase prononcée pouvait être entendue comme "aux Sheinois", en référence à l’enseigne singapourienne Shein.

Certes, le gouvernement doit mener une action résolue pour protéger ses entreprises contre les pratiques commerciales, les modèles économiques ou les stratégies industrielles considérés comme déloyaux. Cependant, cette action aussi légitime soit-elle, ne saurait se mener au détriment de la stigmatisation et de la mise en danger d’un groupe humain. Or, ces déclarations ont profondément blessé et offensé les personnes d'origine chinoise, y compris de nationalité française, déjà exposées aux amalgames, aux insultes et parfois aux agressions. 

Qu’il s’agisse d’un simple jeu de mots manqué ou d’une plaisanterie de mauvais goût, cette justification grotesque vise uniquement à préserver les apparences devant l'ampleur du scandale médiatique. Cela confirme la banalisation du racisme anti-asiatique, que l'on tente trop souvent de justifier en utilisant la carte de l'humour.

L'expression utilisée nous rappelle au contraire l’idéologie xénophobe et dangereuse du "péril jaune" qui dépeint de manière déshumanisante les peuples asiatiques, essentialisant une diversité d'individus, comme une menace collective contribuant un légitimer un imaginaire d’hostilité.

Il n’est pas tolérable qu’un ministre, dans l’exercice de sa fonction, tourne en dérision par le langage, la désignation de tout un peuple, d’une origine nationale ou ethnique comme cible symbolique de violence. Les paroles ministérielles engagent l’État, structurent le débat public et ont un impact réel sur la vie des concitoyens.

L'utilisation de tels propos ne saurait être justifiée sous aucun prétexte, qu'il s'agisse du contexte des vœux traditionnels, de la complexité de la situation économique et sociale actuelle, ou de toute autre considération. Ces déclarations constituent de toute évidence une incitation à la haine et une injure raciale intolérable. L'irresponsabilité de ces mots est d'autant plus grave qu'elle émane d’un ministre qui devrait, au contraire, faire preuve d'exemplarité et œuvrer pour la cohésion et le respect mutuel au sein de la société.

En votre qualité de chef du Gouvernement, garant de la cohérence de l’action ministérielle et du respect des valeurs fondamentales de la République, cette situation appelle aujourd’hui un arbitrage politique clair de votre part. Nous condamnons fermement ces dérapages qui minent les fondements de notre République, exigeons des excuses publiques, claires et sans ambiguïté, et réclamons la démission de ses fonctions ministérielles.

Notre association vous informe par ailleurs qu’une plainte sera déposée contre M. Serge Papin devant les juridictions compétentes. Une copie du présent courrier lui est adressée afin de l’informer de notre démarche.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Premier ministre, l’expression de notre haute considération républicaine.

Daniel TRAN
Président de l’Association des Jeunes Chinois de France

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