Les Cantonais (广东人 Guǎngdōng rén) sont le sous-groupe Han majoritaire de la province du Guangdong. Le groupe linguistique cantonais ou Yue (粤) compte environ 85 millions de locuteurs natifs, principalement dans les provinces du Guangdong, du Guangxi ainsi qu’à Hong Kong et Macao.
La province du Guangdong est située à l’extrême sud de la Chine continentale. Le Guangdong borde le Guangxi (广西 Guǎngxī) à l’ouest, la mer de Chine méridionale au Sud, le Fujian (福建 Fújiàn) à l’est, et le Jiangxi (江西 Jiāngxī) et le Hunan (湖南 Húnán) au nord.
La capitale du Guangdong, Guangzhou (广州), peut également être appelée “Canton” en français, bien que cet usage soit de moins en moins commun.

Deux autres sous-groupes Han sont présents dans la province du Guangdong : les Hakka (客家 Kèjiā) et les Teochew (潮州 Cháozhōu).
Des groupes ethniques minoritaires sont aussi autochtones de la région : les Zhuang (壮), les Yao (瑶), les She (畲), les Hui (回) et les Mandchous (满族).
Avant que la dynastie Qin (秦) de Qin Shi Huang (秦始皇) ne lance la conquête du Sud de la Chine au IIIe siècle avant JC, les peuples Baiyue (百越) résidaient dans l’actuel Guangdong. Le Royaume Nanyue (南越), fondé en 204 av. JC, constitue une phase intermédiaire de coexistence politique entre les Baiyue et les élites chinoises. Celui-ci prit fin en 111 av. JC à la suite de l’invasion de l’empire Han.

Les siècles qui suivirent, jusqu’au Xe siècle, furent marqués par d’importants mouvements migratoires des Chinois Han originaires des plaines centrales vers le sud. La Guerre des Huit Princes (八王之乱 Bā wáng zhī luàn) (291 à 306 apr. J-C) fut par exemple à l’origine du déplacement de familles et villages entiers vers le sud. Ces migrations conduisirent à des processus progressifs d’assimilation et de recomposition démographique entre les chinois Han et les populations Baiyue. Ultérieurement, le caractère 粤 en vint à désigner le Guangdong, se distinguant du caractère 越 historiquement associé aux peuples Yue et Baiyue.
Le terme “Cantonais” ou “Yue yu” (粤语) désigne le cantonais standard de Guangzhou. Il renvoie aussi à la famille linguistique des dialectes Yue. La classification du Language Atlas of China (Stephen Adolphe Wurm, Rong Li, Theo Baumann, Mei W. Lee) distingue 7 familles de dialectes Yue : Guangfu (廣府片) (comprenant le cantonais standard), Siyi (四邑) (comprenant le taishanais), Gou-Lou (勾漏), Wuhua (吴化) , Yongxun (邕浔), Qinlian (邕浔), Gaoyang (高阳). L’intelligibilité mutuelle des dialectes Yue peut largement varier. On observe des différences de sons (variations dans les consonnes initiales et finales), de prononciation (prononciations différentes pour un même mot), ou d’usage (termes différents pour une même idée).
Les familles linguistiques Yue. Source : Language Atlas of China, 1987
Dans la Guangdong sont également parlées des langues Han qui ne font pas partie du groupe linguistique cantonais. Le Teochew (潮汕語 Cháoshàn yǔ) appartient à la branche des langues Minnan (閩南語 Mǐnnán yǔ). Sa présence dans l’est du Guangdong résulte de migrations anciennes depuis le Fujian. La langue Hakka (客家话 Kèjiā huà) est celle de populations Han ayant migré progressivement vers le sud à partir des plaines centrales, sur plusieurs siècles à partir du 4e siècle après J.C. “Hakka” signifie littéralement “familles invitées”.

Différents travaux académiques, comme Sinitic as a typological sandwich: Revisiting the notions of Altaicization and Taicization (Pui Yiu Szeto, 2021) suggèrent que les invasions et influences linguistiques de populations altaïques du Nord, entre le XIIe et XIVe siècles, ont pu contribuer à d’importantes évolutions phonologiques dans les variétés de chinois parlées dans le nord. Par exemple, le caractère non tonal des langues altaïques serait à l’origine de la réduction du nombre de tons des variétés de chinois du nord.
Cela pourrait expliquer en partie pourquoi le cantonais moderne conserve davantage de traits phonologiques du chinois médiéval (IVe -XIIe s av. JC) que le mandarin contemporain. Les poèmes de la dynastie Tang (618-907 apr. J-C) préservent davantage leurs rimes originales lorsqu’ils sont lus en cantonais plutôt qu’en mandarin.

En Chine continentale, dans un contexte de systémisation du Mandarin (pǔtōnghuà 普通话) depuis les années 1950, la question de la préservation du cantonais peut être posée. Bien que le constat soit difficilement chiffrable, les locaux de Guangzhou témoignent d’un recul de l’usage quotidien du cantonais parmi les plus jeunes générations. En Janvier 2026, lors de la présentation du rapport d’activité du gouvernement municipal à la 6e session de la 16e Assemblée populaire municipale de Guangzhou, le maire de Guangzhou, Sun Zhiyang (孙志洋) déclare que Guangzhou doit “protéger le cantonais en tant que vecteur vivant de la culture Guangfu”. Outre-mer, une prééminence historique des variétés chinoises Yue, Minnan, et Hakka s’observe jusqu'à la fin du XXe siècle. Toutefois, le mandarin s’érige progressivement comme Lingua Franca des chinois d’outre-mer depuis les années 2000. Par exemple, à Singapour en 1979, la campagne “Speak More Mandarin, Speak Less Dialects (多讲华语,少说方言 Duō jiǎng huáyǔ, shǎo shuō fāngyán)” est un parfait exemple de cette transition pour les chinois singapouréens. Face à la faible densité des dispositifs d’enseignement du cantonais à l’international, le mouvement Save Cantonese (initialement créé en 2019 pour rétablir les cours de cantonais dans université américaine de Standford) propose un recensement des programmes d’enseignement du cantonais à travers le monde. Notons que l’enseignement international du cantonais fait face au défi qu’il ne dispose pas d’un cadre d’enseignement standard comparable à celui du mandarin (système HSK).
Dans Upriver Journeys: Diaspora and Empire in Southern China, 1570-1850, Steven B. Miles soutient que les migrations cantonaises existaient bien avant 1850, via des déplacements le long du fleuve de l’ouest (西江 xī jiāng). Celles-ci se dirigent notamment vers la province frontalière du Guanxi. Les réseaux créés à cette époque auraient servi de base aux diasporas mondiales cantonaises ultérieures.

La période entre le XVIIe et le XIXe siècle marque de premières migrations cantonaises majeures vers l’Asie du Sud-Est. La conquête du Sud de la Chine par la dynastie Qing (1646-1661) entraîne une vague de migration de Cantonais vers l’Asie du Sud-Est : Siam, Cambodge, Cochinchine (Sud-Vietnam). Entre 1786 et les années 1820, Penang et Singapour, qui sont des comptoirs coloniaux britanniques, offrent une sécurité et des perspectives commerciales pour les Cantonais qui s’y installent.

Entre 1850 et 1882, la ruée vers l’or californien et la construction du chemin de fer transcontinental pousse des dizaines de milliers de Cantonais du Sze Yup (四邑 sìyì, région du Guangdong) à rejoindre l’Ouest américain. Malgré les épisodes ultérieurs de racisme et d’exclusion, ces premiers migrants posent les fondations de ce qui deviendra la plus grande diaspora chinoise dans un pays Occidental. Ainsi, la majorité des premiers migrants chinois vers les États-Unis, le Canada et l’Australie était originaire du Guangdong. Dans le monde anglophone, de nombreux Chinatowns historiques furent fondés par des locuteurs Cantonais ou Taishanais.

Parmi les centaines de milliers de boat people de la crise des réfugiés vietnamiens (1975-1980), nombreux sont d’origine cantonaise et teochew. Après un passage dans des camps de réfugiés en Asie du Sud-Est, ces derniers rejoignent des pays occidentaux via des programmes d’accueil internationaux tels qu’aux Etats-Unis, Canada, Australie, France ou encore au Royaume-Uni. À partir de 1975, la formation du Chinatown du Triangle de Choisy dans le 13e arrondissement parisien est liée à l’installation des réfugiés vietnamiens, cambodgiens et laotiens, souvent d’ascendance chinoise.
